La philosophie morale

Certains d’entre nous ont eu le plaisir d’assister hier à une conférence d’Alexandre Lacroix, écrivain, enseignant à Sciences-Po et directeur de la rédaction à Philosophie Magazine (un magazine auquel nous tenons particulièrement et dont je parlais déjà ici). Cette conférence a pu se tenir grâce au Bureau français de Taipei qui est à l’origine de la venue de M. Lacroix et de Mme Pastorini qui a elle philosophé dans le même temps avec un groupe de CM1.
La majeure partie de la conférence a porté sur la question des voitures autonomes et des défis éthiques que celles-ci nous proposent et auxquels nous serons bientôt confrontés. Afin de m’assurer que votre weekend est animé de conversations vivaces, je vous soumets quelques unes des interrogations et des dilemmes qui ont été les nôtres durant une heure et demie. Notre rôle était, en gros, de nous mettre dans la peau du programmeur de logiciel d’une voiture autonome.

Soit donc une voiture autonome qui, par exemple en raison d’une visibilité trop réduite, va provoquer de manière certaine une collision avec des piétons en train de traverser la rue et provoquer leur mort. Seule autre option: un changement de cap qui entraînera cette fois la mort des occupants de la voiture. Que devons-nous faire dans un tel scénario: programmer systématiquement la mort des piétons ou à l’inverse celle des personnes dans la voiture ?
On peut encore corser la difficulté. Soit un autre véhicule qui ne pourra pas non plus freiner mais devra “choisir” entre écraser deux enfants ou, en changeant de trajectoire, deux adultes ? Cette question devient peut-être encore plus dérangeante lorsque nous en changeons les protagonistes: décider d’écraser deux cadres supérieurs plutôt que deux clochards, par exemple. Ou encore deux personnes minces plutôt que deux obèses. Si ce type de dilemmes vous intéresse, je vous invite à participer aux tests qui sont menés par le MIT et dont l’objectif est de dégager des tendances sur les décisions morales qui sont prises en fonction des différents scénarii (on y apprend par exemple que les gens sauvent universellement les enfants).

Si ces cas sont extrêmes et quelque peu spéculatifs, M. Lacroix nous a rappelés que des décisions finalement assez similaires se prennent déjà chaque jour dans les hôpitaux lorsqu’il s’agit de décider quel patient est le mieux placé pour bénéficier d’une greffe d’organe. Il s’agit vous l’aurez compris de questions bien délicates mais que nos sociétés vont devoir résoudre et sur lesquelles nos parlements vont devoir légiférer à court terme. Il est essentiel que nos élèves en soient conscients et en saisissent les enjeux.

La philosophie offre un cadre conceptuel et théorique qui doit nous aider à tenter de répondre à ces questionnements. L’intervention de M. Lacroix aura eu le grand mérite de mettre en avant cette matière et d’en montrer aux élèves toute l’importance (en cette période où ils réfléchissent intensément à leur orientation, c’est un message important). Il reste maintenant beaucoup de travail à M. Boutet, notre professeur de philosophie à nous, pour revenir dans son cours de philosophie morale sur tous les propos tenus hier, les clarifier, les expliciter et prolonger la réflexion qui s’est amorcée hier. Car c’est bien là l’un des enjeux de la philosophie: il nous faut interroger sans cesse ce que nous entendons, douter pour progresser, critiquer pour mieux comprendre.

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