La liberté pédagogique

Je voudrais vous parler aujourd’hui d’une spécificité de notre système éducatif, si naturelle que nous oublions sans doute de la mettre en avant : la liberté pédagogique des enseignants.

Que l’on s’entende bien, cette liberté, qui est inscrite dans la loi, n’est pas une carte blanche pour chacun-e de n’en faire qu’à sa tête ! Elle est encadrée par des programmes, bornée par les exigences du terrain, limitée par les demandes institutionnelles, freinée parfois par le chef d’établissement ou la directrice. Il n’empêche que cette liberté est bien réelle et que chaque enseignant a le droit – voire le devoir – de porter sur ses pratiques une réflexion qui lui est propre et d’aborder les objectifs de sa classe en développant les outils qu’il ou elle estime les plus pertinents.

Dans une école comme la nôtre la liberté pédagogique des enseignants peut parfois être un challenge mais elle représente surtout une chance extraordinaire. Un challenge, disais-je, quand par exemple les méthodes d’un-e professeur varient très largement de celle d’un-e autre et peuvent déstabiliser les enfants (et leurs parents !).

Mais cette liberté pédagogique, qui s’incarne de manière très concrète à la TES dans la manière dont sont vêtus les enseignants des différentes Sections, est avant tout une opportunité pour les élèves. Ils/elles rencontreront en effet pendant leur parcours une multiplicité d’approches et de manières de faire qui éveilleront leur curiosité. On utilisera ainsi d’une classe à l’autre plus ou moins l’informatique, on travaillera sur un projet plutôt que sur des disciplines, on aura un cahier plutôt qu’un classeur, on fera ou pas de la classe inversée, on aura plus ou moins de devoirs, on aura deux ou vingt notes par trimestre,…

S’il existe de bonnes pratiques d’enseignement – et donc qu’il en existe de mauvaises – il n’y a pas de recette miracle ou une façon de faire universelle. En encourageant les professeurs à interroger leur méthode et en les invitant à intégrer à leur enseignement leurs intuitions, leurs goûts et leurs convictions, le système éducatif français entend profiter pleinement de leurs qualités. Et c’est exactement ce que nous faisons au Lycée français de Taipei.

Notre équipe réunit des talents de 12 nationalités différentes qui ont vécu de par le monde des expériences riches et diverses qu’ils/elles mettent au service des élèves. Chacun-e contribue ainsi immensément à notre réflexion commune. Car c’est bien là
l’enjeu de ce qu’on appelle un peu pompeusement le “pilotage pédagogique” : s’assurer que derrière la liberté de chacun-e ne se cache pas des incohérences qui viendraient effriter un discours commun.

En ce sens je crois que le Lycée français affiche une belle réussite : les différences dans les classes – normales et souhaitables – ne viennent jamais gêner un travail d’équipe robuste et très efficace. Au contraire, les professeurs, comme les élèves, bénéficient de
se confronter à d’autres pratiques pour enrichir les leurs. Ces différences ne viennent surtout pas amoindrir notre désir commun de faire de cette école la meilleure des écoles, bien au contraire, elles y participent et en sont un point d’appui essentiel.

En tant que chef d’établissement, je me réjouis tous les jours de la pluralité des profils des professeurs et des qualités singulières qu’ils/elles déploient pour prendre leur part dans notre équipe. Je les remercie ici pour le travail accompli en cette première partie
d’année. Il est maintenant temps de recharger les batteries.

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